Erreurs ou approximations des experts, compositions délibérées de pastiches ou de faux, par appât du gain ou envie de tromper les spécialistes : les fausses attributions sont fréquentes en musicologie, comme dans l’histoire de l’art ou même en lutherie, et sont le fil rouge du prochain programme de l’EIN
Erreurs ou
approximations des experts, compositions délibérées de pastiches ou de faux, par appât du gain ou envie de tromper les spécialistes : les fausses attributions
sont fréquentes en musicologie, comme dans l’histoire de l’art ou même en
lutherie, et sont le fil rouge du prochain programme de l’EIN.
Linz, 1783. Wolfgang Amadeus Mozart présente au public sa Symphonie no 36, dite « Linz ». En première partie de concert, il
programme et dirige la Symphonie no 25 en
sol majeur de son aîné Michael Haydn.
Selon la mode de l’époque, il avait ajouté au premier mouvement un Adagio maestoso initial de sa propre
main. Il copie la partition et le matériel d’orchestre, amorçant ainsi un joli
piège à musicologues… Jusqu’en 1907, cette œuvre sera attribuée à Mozart,
recevra de Koechel le numéro 444, avant d’être rendue à son véritable auteur
par Lothar Perger, dans son catalogue raisonné de l’œuvre de Michael Haydn.
Le cas du
moine bénédictin allemand Roman
Hofstetter témoigne également d’aventures musicologiques amusantes. Ce
compositeur, grand admirateur de Joseph
Haydn, cherche à en imiter le style au plus près. Cette quête sera
couronnée de succès, puisqu’un recueil de ses quatuors à cordes sera publié à
Londres en 1774, sous l’étiquette de Six
Quatuors à cordes, opus 3 de Haydn. Il faut attendre 1965 pour que la célèbre
« Sérénade de Haydn » (au
programme) retrouve son créateur
authentique, grâce aux recherches des musicologues Alan Tyson et H. C. Robbin
Landon.
Pour Henri Casadesus et son frère Marius,
c’est sans doute un pari qui est à l’origine de la composition de plusieurs
pastiches, des œuvres « dans le style de… » que les deux compères parviendront
à faire publier sous le nom de Johann
Christian Bach, Haendel et même Mozart. Le plus célèbre de leur méfait est
sans doute le Concerto pour violon en sol
majeur « Adelaide », prétendument de Mozart, et que Yehudi
Menuhin s’empressera d’enregistrer lors de sa publication. Au programme ce
printemps, un Concerto pour alto,
l’instrument de prédilection d’Henri Casadesus, composé dans le style de Johann
Christian Bach et publié sous ce nom dans les années 1950. C’est à la mort des
deux frères et à l’ouverture de leurs riches archives musicales que sera
découvert le pot aux roses.
De son côté,
le musicologue italien Remo Giazotto
a consacré sa vie à faire connaître l’œuvre de Tomaso Albinoni. Mais l’estime du plus grand nombre pour ce
compositeur italien du 18e siècle peinait à se faire sentir. Il manquait
tout simplement un chef-d’œuvre à son catalogue. Se basant prétendument sur des
fragments calcinés de manuscrits découverts dans les ruines de la bibliothèque
de Dresde en 1945, Remo Giazotto (re)composa le mondialement célèbre Adagio en sol mineur, mais refusa sa vie
durant de produire ces fragments, et pour cause…
Faire
illusion, masquer la réalité pour arriver à ses fins et manœuvrer dans
l’obscurité sont les armes des faussaires, mais aussi de la magicienne Armida, qui tentera, dans l’opéra
éponyme de Joseph Haydn, de retenir
le chevalier croisé Orlando, dont elle est tombée amoureuse. C’est par cette
œuvre que s’ouvre notre concert de printemps 2017 que l’Ensemble Instrumental
de la Neuveville se réjouit de présenter à son fidèle public.
Jérôme Faller
